Passer le cap

« Poésie, tu es fille de mémoire. Malheur à ceux qui ne le savent plus : leurs fiers édifices retourneront bientôt à la poussière originelle… Il m’a fallu les murs d’une cellule pour que cette vérité s’impose à moi de toute évidence…

Le soir même où je pénétrai dans la cellule, mes compagnons, vaguement avertis de mon état littéraire, me demandèrent de leur réciter quelque chose

Il faisait noir, il faisait froid, nous étions debout, frileusement pressés les uns contre les autres, sans nous voir. Et j’ai récité tout ce qui revenait à ma mémoire : Ronsard, Baudelaire et Mallarmé, Hugo, Racine et Rimbaud. J’ai récité longuement, et mes compagnons disaient : Encore ! Je croyais en avoir fini, et ils répétaient : Encore !

J’ai trop parlé naguère des misères de notre poésie pour qu’il ne me soit pas accordé de saluer cette grandeur. Et j’ai le droit de demander : comment aurait-elle pu éclater dans la geôle obscure si précisément ma mémoire n’avait pas été capable de faire entendre des chants et des chants mémorables, qui ont été chantés pour l’homme…

Qui osera chanter passera le cap. Je l’annonçai, maintenant j’en ai la preuve. »

Gabriel Audisio

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