Garder les yeux fermés

« Garder les yeux fermés.

Faire disparaître le monde, pour disparaître avec lui.

Hanter ses souvenirs, décider de s’y installer, d’y bâtir des projets.

Côtoyer les fantômes, être seul alors, parmi les disparus.

Se battre avec soi, se couvrir de bleus invisibles.

Jusqu’à retrouver l’immobilité de sa solitude

Et quand le cœur gronde, se réfugier

Dans les bras d’un ami, dans l’ivresse d’un bar, dans la douceur d’un drap,

Être sans abri, donc. Et pleuvoir.

Alors, vagabonder dans les rues, promener son chagrin.

Tirer sur la laisse, ronger son collier,

Être pour soi comme un animal sauvage,

C’est ça, devenir un renard pour soi.

Et un jour décider de s’apprivoiser, pas à pas.

Faire fi des morsures et des griffes.

Y voir des baisers et des caresses timides, mal assumés.

Savoir la violence de l’amour qui a oublié, baisser les armes.

Se prendre dans les bras donc, et se pardonner.

Enfin, se pardonner, d’être soi, de n’être que ou pas assez.

D’avoir fui, de s’être abandonné et d’avoir été abandonné.

Ce n’est pas grave, oublier même la gravité.

Laisser ça aux choses qui tombent, ne plus tomber.

Ou alors seulement amoureux, parfois.

Mais toujours refuser le vertige des départs, aimer l’autre quand il est là.

Et s’aimer soi quand il s’en va, un jour se relâcher.

Être libre et rester.

C’est ça. Être libre et rester. »

Félix Radu

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