On s’en fout

« Vous prenez une femme, ou un homme, généralement entre 25 et 45 ans. Vous lui donnez une couleur d’yeux et une forme de nez, une couleur de peau, des traits de caractère, des préférences (une marque de bière, une couleur…), un métier, une famille, un appartement, des problèmes. Pourquoi ceux-là plutôt que d’autres ? On ne sait pas. Ça pourrait aussi bien être autrement. Vous secouez bien le tout, et vous sortez un roman. Dont l’intrigue consistera à raconter comment votre héros s’en sort avec ses problèmes. Pour le suivant, vous modifiez les ingrédients, et vous recommencez. On peut continuer comme ça à l’infini. Et on le fait : ça donne le tout-venant du roman français. Qui se doit d’être réaliste, psychologique et un poil sociologique. Le monde réel nous offre une variété infinie d’individus. Le roman en rajoute, comme si ça ne suffisait pas. Car il est bien entendu que désormais, la seule valeur, le seul objet intéressant, c’est l’individu avec ses problèmes d’individu. Il est intéressant en vertu de cette loi d’airain : il est comme il est.

Eh bien on s’en fout. »

Pierre Jourde

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