Dans la pointe d’un crayon

« Qu’est-ce donc que la poésie ? Son destin habite peut-être dans la pointe d’un crayon, dans la pointe aiguë et fragile de ce crayon. À cette feuille de papier – la chose la plus vulnérable au monde – nous confions notre vérité, notre ombre, notre secret, la zone cachée et ardente de notre voix, la partie la plus essentielle de notre vie. À l’intérieur de cet alphabet, qui d’ici quelques siècles n’existera peut-être plus, nous protégeons ce qui nous a été donné de plus cher et d’irremplaçable. Étrange paradoxe de la poésie : viser la permanence et le faire avec les moyens les plus pauvres, les plus anciens et dépourvus de toute défense ; hors de l’actualité, hors du commerce, hors de l’économie, hors de tout, parfois aussi hors de soi-même, si nous écrivons avec une part de nous-même que nous ne connaissons pas entièrement, qui est nôtre et ne l’est pas, qui jaillit d’une zone obscure et secrète même pour nous. Secrète et parfois bouleversante. Mais il doit en être ainsi en poésie : pour changer la vie de qui le lit, un livre doit bouleverser la vie de qui l’a écrit. »

Milo De Angelis

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