Dans et par l’acte de langage

« Quiconque se livre au travail de l’écriture en éprouve un jour ou l’autre la dérision. N’y a-t-il pas mieux à faire? Vivre, par exemple? Mais, et c’est là que réside le paradoxe, n’est-ce pas en écrivant qu’on s’éprouve le plus vivant ? Comme si la réalité n’avait d’existence véritable que dans et par l’acte de langage qui lui donne forme. Il n’y a donc pas, comme je l’ai cru longtemps, les livres d’un côté et la vie de l’autre. Ou, selon une polarisation qui paraît aller de soi, le monde des choses et le monde des mots. »

Jacques Ancet

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Une avancée de l’insondable

« L’univers est langage. La poésie est langage. Nous apprenons toute une vie, dans le creusement tenace, à faire en sorte que les deux se retrouvent. Bien sûr, il y a les philosophes, les historiens, les scientifiques et autres chercheurs, eux sont du spectacle, parce qu’un jour ils proposent des solutions pragmatiques. La poésie, elle, n’est pas une solution mais une avancée de l’insondable par l’exploration du langage et sous son impulsion. »

Christian Da Silva (en entretien avec Michel Baglin)

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L’homme de l’ancien pacte

« Ceux qui ont gardé l’oreille de leur enfance,

Les seuls héritiers d’eux-mêmes dans un souffle qui vient de loin,

Ils avancent entraînés par des voix qu’ils retrouvent.

Ils vont se tenir dans une fête à ses derniers feux.

La bienveillance derrière chaque tournant devinée n’avait pas menti.

Voici qu’on tire l’eau à la pompe,

La soupe cuit avec des poireaux et le pain devant les collines étagées est rompu,

L’homme de l’ancien pacte est là toujours, grave et qui s’affaire car il est tard. »

André Frénaud

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Par l’écriture

« Quand je dis ton nom, c’est bien plus que ton nom :
Les doigts du soleil hors saison
Le lait d’une tasse bleue
La crue du coquelicot
La table de fête dressée sur le sable
Et des bougies partout pour le mariage du cerisier
Un voilier sur l’arrondi
Un chiffre pour l’horizon.
J’entre et sors du monde par l’écriture. »

Ile Eniger

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Main de la poésie

« Ouvre le livre de l’horizon, ô main de la poésie ! »

Ali Ahmed Saïd Esber

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Archipel

« J’ai retrouvé l’île natale

L’archipel des mots libérés. »

Pierre Reverdy

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J’aime

« Pas mourir
pas encore
trop tôt le couteau
le poison, trop tôt
Je m’aime encore
J’aime mes mains qui fument
qui écrivent
Qui tiennent la cigarette
La plume
Le verre
J’aime mes mains qui tremblent
qui nettoient malgré tout
qui bougent
Les ongles y poussent encore
mes mains
remettent les lunettes en place
pour que j’écrive. »

Agota Kristof

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Toutes les heures

« La poésie ne sert pas comme une montre à dire l’heure : elle dit toutes les heures à la fois…

Elle se tient à la fenêtre quand chacun dort, à la porte quand le dernier habitant est parti, au grenier quand l’enfant est monté en haussant les épaules, sur le pont du bateau quand les rats se rassemblent pour le grand saut, sur la cime de l’arbre quand le bûcheron frotte ses doigts engourdis, dans un regard qui frise l’indécence, dans la noire faim, sur les cailloux blancs d’une source tarie, au beau milieu d’un incendie dont on ne verra jamais la menace…

Elle vous tient en haleine, en alerte au seuil de cette demeure où l’inquiétude anime ses ombres, où la solitude frappe de son poing rageur la porte démesurée, où ce qui fait notre joie a nos traits et notre destin. »

Jean Cayrol

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