« La poésie n’est nullement un genre au sein de la littérature, mais une expérience distincte de celle-ci, autonome, établie au plus originel et au plus intime de notre conscience du monde et de l’existence. »
Yves Bonnefoy
« La poésie n’est nullement un genre au sein de la littérature, mais une expérience distincte de celle-ci, autonome, établie au plus originel et au plus intime de notre conscience du monde et de l’existence. »
Yves Bonnefoy
« Les mots comme le ciel
Aujourd’hui,
Quelque chose qui s’assemble, qui se disperse.
Les mots comme le ciel,
Infini
Mais tout entier soudain dans la flaque brève. »
Yves Bonnefoy
« Tu es du temps qui s’accumule
Ma terre simple
Mon livre d’avant la vie
La grande leçon du crépuscule
Ma rive
Mon château dormant. »
Lionel Ray
« Donner aux mots une présence
l’opulence du peu…
Ce n’est pas tant
de garder le silence
qui importe
mais de lui demander
s’il veut bien être le berger
qui nous garde. »
Gilles Baudry
« Ceci n’est pas un poème
Ce sont les îles qui inventent la mer. »
Serge Pey
« Ils avancent si vite, et je suis si lente. Et je suis si solitaire dans l’exigence et le silence, avec pour seule référence, la nécessité du jardin à travailler. Je suffoque dans le charroi des courses où chacun dit la sienne, ou tous jouent des coudes pour la première place. Je suis dans l’interrogation quand ils sont aux certitudes, aux médias, aux médailles. Je suis dans l’expectative quand ils sont dans l’évidence d’eux-mêmes… Et je freine si fort pour sentir l’herbe à mes chevilles, la rivière sous ma peau qui bat son mouvement d’horloge bienfaisante. Et je prends tant de temps pour toucher au mot comme on touche au sacré. Quelque chose de plus grand que grand me fait sentir mes pas dans le sable et mes mains sur la page. Et je n’ai-je rien d’autre à dire que cette joie élémentaire, un trait de lumière tremblée sur l’eau claire. »
Ile Eniger
« C’est une fille d’adrets de collines. Une boumiane de chemins plus légère que chèvre sur escarpes et cailloux. Une pas jeune pas encore vieille, l’ourlet défait aux broussailles et autres traverses. C’est une renarde d’herbe profonde, l’adventive racine penchée sur le haut du mur pour y surprendre l’ange. C’est une, inapprivoisable, dans les rues de petites saisons. Qui brûle son ombre à midi. Qui de longue marche neige et fleurit dans le même élan. C’est une île au portant des mers. Une vigne au tournant des terres. Une brindille de grand vent. Une étincelle de verre sur la paille des jours.
Parfois elle m’attend, j’aperçois sa dentelle, la rivière de ses yeux. Je tends mes mots. Déjà, elle s’éloigne. Jamais ne m’abandonne. C’est celle intransitive nourrie au devenir. Celle d’inconvenances aux terribles rigueurs. Celle d’incroyances aux totales ferveurs. Qui ne sait pas marcher sur l’eau mais qui voudrait. Celle de fatigues de route qui poussière le soleil, buissonne le buisson. C’est un éclat de vie qui indique l’étoile. Un brûlot d’aubépines. »
Ile Eniger
« Je ne suis pas où je suis ;
les choses en savent plus que moi.
Je continue un passé,
je continue un futur.
Le présent,
contraire à toutes les promesses, tous les savoirs,
le présent s’est absenté,
il doit être à portée de souffle,
à toucher du doigt,
mais je n’y suis pas encore. »
Henri Meschonnic