« Espace aboli ;
tu entres dans une absence
de lieu.
La nuit,
corps en abîme,
éparse,
rayonne. »
Lionel Ray
« Espace aboli ;
tu entres dans une absence
de lieu.
La nuit,
corps en abîme,
éparse,
rayonne. »
Lionel Ray
« Regard à jeun…
Avoir un ciel à raconter.
Aller pieds nus
Dans le plus jeune
De ses jours
Et s’enivrer
de gratitude. »
Gilles Baudry
« Dire est un travail, une application. Les phrases restent en deçà. Les mots fatigués traversent des turbulences, ils éclatent parfois comme des coques vides. La faim me prend d’autres fruits, autres issues, autres lieux. Le moindre frémissement d’air, l’appel du plus haut, la pérennité d’éphémères saisons, agitent mes bouts d’ailes. Un éblouissement confiant recueille chaque pensée, chaque mot, garde les plus fiables. Je choisis ce qui remonte à la source, accompagne au delta. Justesse à épouser, ma rectitude, librement consentie, guide mon poignet, mon épaule, mon écriture, mon souffle. Exactitude native, je tiraille de la machinerie humaine à l’éloquente présence. Déterminée par une intégrité dont je sais l’immanence sans connaître la forme, je vais aux mots comme à la vie, dans la lueur d’une lampe instinctive. »
Ile Eniger
« Contrairement à une rumeur largement répandue qui la rendrait dépendante de nos regards pour exister, la poésie n’a besoin de personne pour être. Sa permanence en amont et aval de toute chose, précède, accompagne, dépasse tout ce que l’on peut penser ou dire d’elle. Préexistante à la pensée et à l’acte, elle est un état. »
Ile Eniger
« La justesse… Je voudrais ne rien chercher d’autre ; c’est-à-dire, ni possession, ni gloire. Et peut-être n’est-il rien de plus malaisément atteignable. Sais-je même ce que c’est ? Parfois, il me semble être là seulement pour écouter. Dans une certaine qualité de silence et de repos intérieur, dans une certaine inactivité éveillée, il me semble que des voix peuvent être perçues, étrangement touchantes et vivantes. Il y faut, plutôt que de l’attention (toujours trop volontaire), un état d’accueillement, quelque chose de tranquille et de détendu. »
Philippe Jaccottet
« Apprendre à lire le non dit, le pas encore dit
ce qui affleure
apprendre à lire le chiffre des nuages et la fleur du givre
le oui et le non de l’enfant avant sa parole
le regard du chat
le chuchotis des sentiments
les pattes d’oiseaux sur le sable
le syllabaire de Ras Shamra
les migrations des esturgeons
s’en aller à la fin comme celui-là
qui, à la nuit tombée, fait en silence la route du retour. »
Claude Roy
« Tout proches,
la terre et les objets familiers.
Le corps est aux travaux du jour,
met de l’ordre dans les chambres,
tond l’herbe redresse les murs,
s’enchante du temps qui passe.
Toute seule cependant,
lointaine sourdine,
une tête fêlée
travaille à l’indicible. »
Jean-Marie Barnaud
« La parole aussi est douée d’un regard. »
Roberto Juarroz