On supprimera…

« On supprimera la foi
Au nom de la lumière,
Puis on supprimera la lumière.

On supprimera l’âme
Au nom de la raison,
Puis on supprimera la raison.

On supprimera la charité
Au nom de la justice,
Puis on supprimera la justice.

On supprimera l’amour
Au nom de la fraternité,
Puis on supprimera la fraternité.

On supprimera l’esprit de vérité
Au nom de l’esprit critique,
Puis on supprimera l’esprit critique.

On supprimera le sens du mot
Au nom du sens des mots,
Puis on supprimera le sens des mots.

On supprimera le sublime
Au nom de l’art,
Puis on supprimera l’art.

On supprimera les écrits
Au nom des commentaires,
Puis on supprimera les commentaires.

On supprimera le saint
Au nom du génie,
Puis on supprimera le génie.

On supprimera le prophète
Au nom du poète,
Puis on supprimera le poète.

On supprimera les hommes du feu
Au nom des éclairés,
Puis on supprimera les éclairés.

 
On supprimera l’esprit
Au nom de la matière,
Puis on supprimera la matière.

Au nom de rien on supprimera l’homme
On supprimera le nom de l’homme
Il n’y aura plus de nom.

Nous y sommes. »

Armand Robin

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La robe et l’échelle

« T’avais mis ta robe légère
Moi, l’échelle contre un cerisier
T’as voulu monter la première
Et après

Y a tant de façons, de manières
De dire les choses sans parler
Et comme tu savais bien le faire
Tu l’as fait

Un sourire, une main tendue
Et par le jeu des transparences ces fruits dans les plis du tissu
Qui balancent

Il ne s’agissait pas de monter bien haut
Mets les pieds sur les premiers barreaux
J’ai senti glisser le manteau
De l’enfance

On n’a rien gravé dans le marbre
Mais j’avoue souvent y penser
Chaque fois que j’entends qu’un arbre
Est tombé

Un arbre, c’est vite fendu, le bois
Quelqu’un a dû le vendre
S’il savait le mal que j’ai eu
À descendre

D’ailleurs en suis-je descendu
De tous ces jeux de transparence, ces fruits dans les plis des tissus
Qui balancent ?

J’ai trouvé d’autres choses à faire
Et d’autres sourires à croiser
Mais une aussi belle lumière
Jamais

À la vitesse où le temps passe
Le miracle est que rien n’efface l’essentiel
Tout s’envole en ombre légère, tout sauf
Ce goût de fièvre et de miel

Tout s’est envolé dans l’espace, le sourire, la robe, l’arbre et l’échelle
À la vitesse où le temps passe, rien
Rien n’efface l’essentiel

J’ai trouvé d’autres choses à faire
Et d’autres sourires à croiser
Mais une si belle lumière
Jamais

Voilà que, du sol où nous sommes
Nous passons nos vies de mortels
À chercher ces portes qui donnent
Vers le ciel. »

Francis Cabrel

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Par soustraction

« J’écris parce que je ne veux pas des mots que je trouve : par soustraction. »

Roland Barthes

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Un carré de lumière

« Qu’est-ce donc que cet amour qui n’a besoin d’aucun mot pour nous appeler, de quoi sommes-nous l’image pour nous réjouir ainsi d’une simple image, d’un carré de lumière sur un mur noir ? »

Christian Bobin

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Parole vraie

« Il enlève tous les déchets des consolations faciles, et c’est après ce travail que commence la parole vraie. »

Christian Bobin

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On appelle ce qui vient

« On ne tire sa plus profonde pensée que de l’eau, des nuages et du vent
On vit la vie et pas seulement la sienne
On appelle ce qui vient
Et avec un courage que nul ne comprend
On se donne au vouloir mystérieux d’une route que personne ne prend. »

Pierre Schroven

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Je travaille avec mes yeux

« Je travaille avec mes yeux
À construire
À réparer
À reconstruire
Une chose semblable à un regard humain
À un poème d’amour
À un chant lointain dans le bois. »

Alejandra Pizarnik

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Ce neutre, ce composite, cet oblique

« L’écriture, c’est ce neutre, ce composite, cet oblique où fuit notre sujet, le noir-et-blanc où vient se perdre toute identité, à commencer par celle-là même du corps qui écrit. »

Roland Barthes

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