« Écris
avec ces mots
silencieux
qui s’échappent
de ta fracture. »
Charles Juliet
« Écris
avec ces mots
silencieux
qui s’échappent
de ta fracture. »
Charles Juliet
« Quand la nuit est brillamment éparpillée
Lorsque la pensée est intouchable
Je dis fleur de montagne pour dire
Solitude
Je dis liberté pour dire désespoir
Et je vais bûcheron de mes pas
Égarer les mensonges
Dans une forêt de bois
Pleine de justice et de romances. »
Georges Schéhadé
« J’écoute un chant qui ne peut plus s’éteindre
Qui porte en lui tous les bonheurs et tous les cris
Est-ce une flûte ? Est-ce une lampe
Que tu me tends, poésie ?
Je marche à la rencontre du jour
Et je vois la beauté invisible du monde
Telle une haute flamme
Dans les regards amis. »
Hélène Cadou
« De l’hiver
Il y a toujours
Noël qui arrive,
Il y a toujours dans le plus noir des noirs
De la lumière à supposer,
A voir déjà monter,
Même en dehors de soi,
Surtout lorsque la nuit où l’on patauge
est la plus longue. »
Eugène Guillevic
« Ce qu’on apprend dans les livres, c’est la grammaire du silence, la leçon de lumière. Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement de temps pour s’atteindre. On va à l’aventure… Parfois on reste auprès du livre, auprès du feu. Parfois on sait que l’on a tout trouvé, en une seule fois, en une seule phrase. C’est une phrase qui vous concerne à peine. Elle est négligeable et elle vous emmène d’un seul coup jusqu’au terme de vos jours. Elle dit quelque chose qui viendra dans longtemps. Elle dit beaucoup plus que tout ce qu’elle dit. »
Christian Bobin
« Le centre
est
là
D’où
viennent
les murmures. »
François Cheng
« Pourquoi les enfants croient-ils ce qu’on leur dit ? Pourquoi accordent-ils foi aux histoires les plus déraisonnables ? Certes, ils sont à l’âge où l’on ne sait pas démêler le vrai du faux. Mais pourquoi font-ils confiance ? Pourquoi penchent-ils naturellement vers le oui plutôt que vers le non ? Et si le fait de croire aux êtres invisibles était une évidence innée, plutôt que le résultat d’une ignorance ?
Le Père Noël sur son traîneau céleste va faire halte sur le toit, descendre par la cheminée, déposer un cadeau, sans bruit, dans tes souliers et reprendre sa course, là-haut, dans le ciel noir. Les yeux s’éclairent et les mains battent. Pas le moindre soupçon de doute. Seraient-ils de sages vieillards, leur certitude émerveillée aurait de quoi nous convertir. Mais non, ce sont des enfants ignorants. Ils ne savent rien de ce monde. Et si grandir c’était aussi perdre une certaine mémoire ? Les poètes au bout de leur vie en redécouvrent quelques bribes. La vie, disent-ils, est mille fois plus vaste que les rêves humains. Et si les enfants savaient naturellement cela ?
Vient l’âge où l’on éteint cette heureuse lumière. Le Père Noël n’existe pas. C’était un mensonge amusant. La merveille hier évidente ? Le fol espoir qui fait aimer l’hiver ? Réveille-toi. Regarde. Il n’y a rien. La rue, les murs, les gens, c’est tout. Le bleu du ciel ? De l’air. Les étoiles ? Des terres mortes. Et cesse de rêver, mon fils. Fais tes devoirs. Il va falloir lutter pour te faire une place. Il a dix ans au plus, l’enfant, quelquefois moins. Le voilà grand. Désenchanté. Il a perdu cette sublime foi aux choses invisibles qui est l’essence même de la vigueur et de la jeunesse. C’est une parole d’Okakura Kakuso, l’auteur du Livre du Thé. Il connaît les saveurs, les douces et les amères.
Il en est qui ne croiront jamais plus au Père Noël. Ils le diront à l’occasion comme on dit de ces choses froides, avec un grincement de porte mal fermée. D’autres en éprouveront une vague souffrance, leur vie durant. Ils rétréciront tout, de crainte d’être dupes. Une fois (une foi ?) suffit. Il ne faut pas croire au Père Noël. J’en connais qui ne se sont jamais relevés de leur chute dans cette épaisseur des choses que l’on appelle le réel. Certes, ils ont vécu, ils ont fait leur chemin, ils sont même, parfois, arrivés. Mais quelqu’un geint au fond d’eux-mêmes. Quelqu’un, pour ne pas dire un ange, un enfant aux ailes brisées.
Redonnez sa chance au Père Noël. Et si le mensonge n’était pas où on le croit ? Et s’il était justement dans cette désespérante exclusivité offerte à la prétendue réalité ? Et s’il n’était pas vrai que ce sont les parents qui offrent les cadeaux ? Oui, c’est moi qui l’ai acheté et qui l’ai déposé sous l’arbre. Mais je ne te paie rien, et tu ne me dois rien. Dans ce monde où rien n’est gratuit, quelqu’un passe chez toi et offre et repart on ne sait même pas où sans même attendre ton merci. Qui fait cette merveille ? Ni toi ni moi. Qui donc? Semons au moins cette question dans le regard de nos enfants. Au moins qu’ils aient une lumière vers qui marcher, dans la forêt qui les attend. »
Henri Gougaud
« L’engagement dans l’écriture poétique est pour moi absolument lié à un processus de transformation de soi. Et du monde. C’est ce que je répète dans mes ateliers d’écriture avec des enfants ou des adultes : l’écriture est un levier puissant de bouleversement de l’espace social. Il change les regards, reconnecte chacun au mouvement de ses émotions. La poésie est contagieuse. Il y a un ralentissement du temps, une pesanteur et une gravité retrouvées dans la lecture ou l’écoute d’un poème. On sort du corps quotidien, étroit, serré sur lui-même, tendu par l’aliénation de la consommation et de la production, vers un corps plus ample, plus libre, plus conscient, réveillant en lui ses capacités de résilience et d’empathie. Le poème se situe entre révolution et méditation, il est plus qu’une prière, c’est un acte sur le réel et ce que l’on ne sait pas, ce que l’on ne voit pas du réel, apparaît, scintille puis tombe en poussière dans le temps qui passe. Par ma recherche d’écriture, j’ai ouvert, élargi mon espace social d’échanges et de rencontres. J’ai l’impression d’avoir trouvé une place. Sentiment que je ne vivais pas quand j’étais enseignant, écrasé par le poids de la structure verticale, Éducation Nationale. La poésie en nous mettant au monde à chaque poème nous révèle cette part d’infini qui nous accueille à chaque mot, à chaque silence, dans la conscience. Le langage nous parle d’une éternité dont notre esprit ne sait rien dire, il la rend supportable dans le poème. Peut-être que la poésie nous apprend un peu à vivre, un peu à mourir, non ? »
Dominique Sampiero (entretien)