« Au bout du jour
il n’est pas grand-chose à quoi
peuvent s’accrocher les doigts
dans un silence de chair remuée
vive
le plus souvent on s’est tenu
à la surface des gens ou des choses
avec en dedans
un grand désir
muet. »
Antoine Emaz
« Au bout du jour
il n’est pas grand-chose à quoi
peuvent s’accrocher les doigts
dans un silence de chair remuée
vive
le plus souvent on s’est tenu
à la surface des gens ou des choses
avec en dedans
un grand désir
muet. »
Antoine Emaz
« Ceux d’entre nous qui ont le goût de l’éternel
Passent aussi,
Se rappelant une cuisine de province
Dans le temps de Noël,
L’odeur du lait qui chauffe et les cris des enfants
Assis sous la lueur des petites bougies.
Ils cherchent la cime du temps, les dangereuses pentes,
Mais reviennent la nuit dans la maison qu’on a vendue
Avec des tiroirs pleins de lettres où s’effacent
Les traces du bonheur obscur.
Car ils passent aussi,
Connaissant bien le goût des larmes
Et la chaleur des corps qu’ils n’embrasseront plus,
Comme tous ceux qui partent sans rien dire,
Ayant vécu
Dans cette éphémère clarté qui bouge sur les fronts
Entre deux masses d’ombre. »
Jacques Réda
« Il y a peut-être vraiment dans l’existence de chacun un lieu secret d’où l’on part, quand on a quitté toute maison. Pour écrire, il faut d’abord oser se tenir là où tout a tant débordé qu’il n’est plus de toit possible. Cette idée m’habite comme une rengaine. Écrire où ça déborde. »
Patrick Autréaux
« Qui nous parlera de l’inachevé où nous sommes toujours ? »
Thierry Metz
« S’ébrouer comme un animal,
mais en se libérant de beaucoup plus que l’animal :
de la poussière que laisse la pensée,
des raideurs qui enrôlent la mort,
des taches de l’amour et des pluies sales
qui tombent des corniches
ou d’un ciel trouble, empoisonné.
Se libérer des guenilles du temps,
de la complicité des lieux tristes,
des marques laissées par le bonheur,
des restes douteux du banquet,
des serpentins macabres de la douleur.
Et un jour d’ébrouements calculés,
se libérer même de son ombre,
de cela qu’on appelle soi-même
et de ces frôlements qu’on appelle les autres.
Un jour enfin se libérer
de l’éternité défigurée de la vie
comme d’une autre couche de poussière. »
Roberto Juarroz
« J’ai vu peu de choses dans cette vie, mais le peu que j’ai vu, je ne m’en remettrai jamais. L’exactitude affolante d’une phrase ou la bonté d’un visage, c’est du réel tellement fort que c’est dans la foulée de ça que j’écris. Alors, je fais le point sur une feuille de cerisier ou sur le rire d’un tout-petit. »
Christian Bobin
« Je crois aux puissances réalisatrices du langage. Écrit avec la douceur qui convient, le mot neige descend sur la page. Le mot lumière guérit nos yeux. »
Christian Bobin
« Habitant du verbe
je dors en plein désert
fusillé par les étoiles. »
André Laude