C’est le départ des papillons

« Oh! fagots de mes douze ans, où crépitez-vous maintenant ?

On a son creux ailleurs.

On a cédé sa place à l’ombre, par fatigue, par goût du rond.
On entend au loin la rumeur de l’Asclépiade, la fleur géante.

… ou bien une voix soudain vient vous bramer au cœur.

On recueille ses disparus, venez, venez.

Tandis qu’on cherche sa clef dans l’horizon, on a la noyée au cou, qui est morte dans l’eau irrespirable…

On sent la courbure de la Terre.
On a désormais les cheveux qui ondulent naturellement.
On ne trahit plus le sol, on ne trahit plus l’ablette, on est sœur par l’eau et par la feuille.
On n’a plus le regard de son œil, on n’a plus la main de son bras.
On n’est plus vaine.
On n’envie plus.
On n’est plus enviée.

On ne travaille plus.
Le tricot est là, tout fait, partout.

On a signé sa dernière feuille, c’est le départ des papillons. »

Henri Michaux

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