Me voir me délivre de moi

« J’écris sous l’oppression d’un ennui qui semble déborder de toutes parts, ou avoir besoin d’un lieu plus vaste que mon âme pour y tenir à l’aise ; sous une oppression de tous et de tout, qui me prend à la gorge et me rend fou, d’un sentiment physique de l’incompréhension générale, qui m’angoisse et qui m’écrase. Mais je lève la tête vers le ciel bleu et indifférent, je tends mon visage au vent et à son inconsciente fraîcheur, je baisse les paupières après avoir vu, j’oublie mon visage après avoir senti. Je n’en sors pas meilleur, mais différent. Me voir me délivre de moi. Pour un peu, je sourirais : non que je me comprenne mieux mais, étant à présent différent, j’ai cessé de pouvoir me comprendre. Très haut dans le ciel, comme un néant rendu visible, un nuage minuscule signe de sa blancheur un oubli de l’univers tout entier. »

Fernando Pessoa

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