La fenêtre qui est la sienne

« Les rues sont désertes. Son pas claque sur les pavés, comme si elle se suivait parmi les dédales de la ville, graffiti de l’écho sur les murs. Elle rentre chez elle. Chez elle c’est chez elle. Chez elle c’est en elle, un ailleurs. Où réside ce lieu ? Où est son propre visage ? Elle l’enfouit un bref instant dans ses mains. Le milieu de sa vie. Sa vie ?

Elle marche, frissonne du froid d’avant le jour. Par la brèche d’un immeuble abattu entre les pâtés de maisons, un chantier murmure dans son sommeil. Des grues s’élèvent au-dessus de son ombre projetée. Elle s’arrête, lève la tête vers ces immenses machines. Si seulement elles pouvaient lancer leurs filins d’acier jusqu’à ses épaules, la soulever très haut dans le ciel pâle et les étoiles encore visibles, la porter jusqu’à ce lieu d’elle-même. Si ces machines pouvaient lui montrer la route, déplacer leurs bras squelettiques et infinis, l’emporter par-dessus la fourmilière des toits dans le silence de leurs lointains bruits de rouages, la redescendre vers la fenêtre qui est la sienne, seule ouverte parmi les milliers de fenêtres. »

Cédric Migard

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