« Lisez-vous sans hâte
face à face
ton poème et toi
lisez-vous
les yeux dans les yeux
ainsi font
au hasard des puits
les gens du désert
quand ils se croisent. »
Christian Erwin Andersen
« Lisez-vous sans hâte
face à face
ton poème et toi
lisez-vous
les yeux dans les yeux
ainsi font
au hasard des puits
les gens du désert
quand ils se croisent. »
Christian Erwin Andersen
« Le paysage ne se regarde pas d’abord : il s’écoute. Avant d’être ce jeu toujours mouvant de masses et de lignes et ces formes assises qui s’éploient en elles-mêmes, il est une rumeur ‒ l’infinitude bruissante de la vie et comme la respiration du ciel et de la terre, spacieuse, jamais reprise, issue d’un lointain antérieur à toute mémoire et s’ouvrant sans réserve à cet autre lointain promis aux générations à venir. Une atmosphère, autrement dit. On voudrait croire : une fidélité, une constance de fond dans la mobilité des saisons et des heures. »
Claude Louis-Combet
« Sans même m’en avertir
Un mot pose sur la page un geste qui me déstabilise
Et ouvre mon chemin aux lois d’une pensée
Tout juste bonne à renverser l’ordre des choses. »
Pierre Schroven
« De la fenêtre un homme regarde le monde. C’est toujours comme ça que cela commence. Par cette attente interminable. Un homme assis, et qui regarde. Depuis des années, des siècles peut-être. Avant même la fenêtre et le corps immobile. Il est comme un pur regard qui chaque fois s’incarnerait dans la singularité de chaque nouveau regard. Mais, en même temps, ce qu’il voit ne l’atteint pas. C’est comme si les aubes et les crépuscules, les saisons lentes ou rapides, la nature les choses et les hommes glissaient sur la vitre, l’abandonnaient à son immobile solitude. Alors, quittant le fascinant spectacle, ses yeux reviennent à la page où ses mains tracent de temps à autre quelques lignes incertaines. A ce moment il lui semble percevoir comme un accord soudain: celui de sa fragile durée humaine et de l’instant absolu du monde. Avec, dès que ses yeux se lèvent à nouveau, retrouvant la vision perdue, le sentiment d’un irrémédiable écart — d’une infime blessure. Un sentiment d’y être et de n’y être pas. Serait-ce cela la beauté? se demande-t-il. Et écrire, ce désir à chaque fois de réparer l’imperceptible accroc? De recueillir dans un léger tissage des paroles ces figures éparses du devenir et les rendre un instant solidaires. De telle sorte que recouvert, effacé par l’afflux de mots, le monde finirait par venir y renaître, surgissant de ce mouvement même qui d’abord l’a annulé et qui, maintenant, lui offre cette vivacité dont jusque là il paraissait privé. Oui, écrire ce serait d’abord cela: s’asseoir pour voir se lever le monde dans le jour du langage. Et, d’une voix presque muette — d’un souffle engendré par les mots et qui les porte —, ne cesser de célébrer cette beauté. »
Jacques Ancet
« La vérité sans voile – la vérité toute crue et toute nue – est vide de vérité. Elle n’appelle ni n’entraîne. Elle n’interroge pas. Elle ne renvoie à rien. Elle fixe la chose dans son imbécillité massive et répand, à partir de là, l’incurable ennui de la vulgarité… Ainsi, ce qui est dit tient son entière valeur du secret, toujours agissant, en son retrait, de ce qui ne peut se dire – de ce qui cesserait d’être s’il était dit. »
Claude Louis-Combet
« Appel de la profondeur, car le monde quotidien est sans lumière, même quand le soleil inonde mon atelier.
Oui, je crois que les ténèbres c’est moi, ma peur, ma vanité, ma ruse, mes amours, mon art… et je dois faire avec, je dois les traverser pour atteindre la lumière, peut-être. C’est si important de ne pas me confondre avec moi-même. »
Alexandre Hollan
« La poésie sait que sa grandeur est de composer avec le silence. Son art, grave et dépouillé, s’enracine à la fois dans la pesanteur amoureuse du concret et dans la spiritualité pressentie. »
Pierre Gabriel
« Une main, un caillou, une plume, c’est un monde complet… Mes yeux s’allument comme des choses éteintes que les mots réaniment. Je cherche mon chemin là où personne ne va… Qu’avons-nous fait du monde que nous devions aimer? »
Jean-Marc La Frenière