Orpailleurs

« On n’en aura jamais fini – sinon ce serait la fin de toute poésie et plus généralement de toute création – de questionner le proche univers dans ce qu’il a de plus élémentaire, donc d’essentiel.

Nous procédons de la terre, de l’eau, de l’arbre, du feu, de l’air, d’un mystérieux cheminement vertical depuis l’obscur réseau des enracinements jusqu’aux éclatements vertigineux du cosmos. Et nous sommes là, quelque part, chair dans la chair, noir dans le noir, lumière dans et hors la lumière, écrits et à écrire. Ayant pénétré cette peau par la nôtre nous avons devoir de reconnaissance, de ressemblance, d’identité. Le langage comme outil de creusement, pioche ou bulldozer, selon les moments. Ça peut aller très loin. Et, à peine a-t-on le temps de se fixer aux bouches humides des sources qu’un regard sur l’étoile remet tout en question. Ni vie, ni mort ou précisément cela. Orpailleurs de toute une éternité où, peut-être, l’or ne fut jamais. Nous avançons et chaque empreinte nous livre un peu du grand secret et le démultiplie. »

Christian Da Silva (en entretien avec Michel Baglin)

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Un phare dans la tempête

« La poésie te trouve. »

Titos Patrikios

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La richesse de l’être du monde

« Si je dis quelque chose d’important c’est que j’ai su accueillir la richesse de l’être du monde. »

Empédocle

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Source d’écriture

« C’était un après-midi d’été, je marchais dans la forêt, mon dos était en sueur. Des pylônes traçaient leurs lignes d’écriture. Une digitale pourpre s’est retirée dans la pénombre comme une bête. Elle m’a suivi des yeux. Mon dos durcissait, devenait une planche à pain. J’ai pris le chemin sur la droite et c’est arrivé : trois seigneurs blancs dans le ciel bleu. Trois nuages qui me regardaient, qui étaient moi. Plus de corps, enfin. Juste une vapeur d’âme errant dans le bleu… Le soleil m’enfonçait ses clous dans le crâne. Les nuages silencieusement parlaient. Je les regardais comme on dévisage une brute. J’étais devant la source d’écriture…

Je ne vis que pour quelques éclairs imprévisibles : un arrachement, quelque chose qui plonge sa main dans ma poitrine et en sort, trempé de lumière, un nuage, un poème. »

Christian Bobin

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A nous de choisir

« Magnifiquement calme, inviolé, inchangé,

Le paysage guette. Il attend,

Familier.

A nous de choisir l’ombre bleue,

Les allées qui ouvriront le chemin.

Un petit vent comme un jeune chien nous accompagne,

Il gambade,

Il unit la terre à l’autre terre. »

Jean Malrieu

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Un aimant

« Dans le tiroir de la machine à coudre de ma mère, il y avait un aimant. J’étais fasciné par la vitesse avec laquelle il capturait les aiguilles vagabondes. Il n’en oubliait aucune. Cet aimant m’enseignait l’écriture, travail qui consiste à agglomérer sur une étroite surface de papier toutes les images vitales éparpillées en nous. »

Christian Bobin

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Relier

« Relier le viscéral à l’univers, le microcosme au macrocosme, la nuit intérieure à l’obscurité environnante…

Tout poème fouille l’être, tout poème est métaphysique, tout chant est charnel et mystique. »

Pierre Maubé

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La révolte

« La révolte consiste à regarder la rose
à s’en pulvériser les yeux. »

Alejandra Pizarnik

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