A ma place

« Lorsque je n’ai rien à me dire

Quand je n’ai plus rien près de moi

Ni arbre, ni raison

Ni machine à écrire – et sans idées

De grandes figures sauvages illuminent comme des lys.

Le monde se prend à bouger

Un vieux cheval bossu débouche d’une écurie depuis longtemps réduite en cendres

Un chien mort me lèche les mains

Me voici seul dans un pays où tombe une pluie couleur d’huîtres

La mer et l’horizon ondulent leur amour

Je goûte une stupeur d’enfance

Lorsqu’il ne me reste plus rien

Ni même le goût d’en parler

Et que la poésie vit sans moi

A ma place. »

Luc Bérimont

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Dans l’intériorité de la création

« Et voilà qu’ils sondent la matière,
transpercent le mur du son,
descendent sur la lune,
dialoguent avec les constellations.
Mais c’est toi seule, poésie,
résidant dans l’intériorité de la création,
qui connais le secret. »

Ali Ahmed Saïd Esber

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Offrir à l’absence

« Offrir à l’absence un bouquet de fleurs d’encre… »

Jean-Michel Maulpoix

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L’état indifférencié

« Vous pensez à cette phrase lue l’autre soir par l’écrivain: à mon âge, je paye pour chaque mot. Il y a très peu de différence entre mourir et écrire. Il y a si peu de différence que, pendant un instant, vous n’en découvrez plus aucune. L’écrivain c’est l’état indifférencié de la personne, la nudité indifférente de l’âme. De l’âme comme regard. De l’âme comme absence. Celui qui écrit s’en va plus loin que soi. Il avance à pas de neige. Il parle à mots de loup. Il va vers la parole faible. Il va vers la parole nue, retournée comme un gant. Il éclaire en parlant sa propre absence. »

Christian Bobin

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Les vivants

« Ceux d’entre nous qui ont le goût de l’éternel

Passent aussi,

Se rappelant une cuisine de province

Dans le temps de Noël,

L’odeur du lait qui chauffe et les cris des enfants

Assis sous la lueur des petites bougies.

Ils cherchent la cime du temps, les dangereuses pentes,

Mais reviennent la nuit dans la maison qu’on a vendue

Avec des tiroirs pleins de lettres où s’effacent

Les traces du bonheur obscur.

Car ils passent aussi,

Connaissant bien le goût des larmes

Et la chaleur des corps qu’ils n’embrasseront plus,

Comme tous ceux qui partent sans rien dire,

Ayant vécu

Dans cette éphémère clarté qui bouge sur les fronts

Entre deux masses d’ombre. »

Jacques Réda

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Il posa sa main sur la page

« Il posa sa main sur la page
Pour ne pas voir la feuille blanche.
Et il vit dessus sa main nue.
Alors il ferma aussi les deux yeux, et entendit
Monter en lui, ensevelie,
la ténébreuse, l’indescriptible blancheur. »

Yannis Ritsos

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Il y a cette lumière

« Il y a cette lumière
qui ne cesse
d’être soi. »

Marie-Noëlle Agniau

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Descends

« Descends
creuse davantage
descends jusqu’à la roche
laisse venir à toi
ce qui voudrait se dénouer
et écris avec les mots
que tu aurais aimé entendre
quand tu cherchais
à sortir de ta nuit. »

Charles Juliet

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