Écoute le son de la pluie

« Écoute le son de la pluie dans les gouttières de zinc
Aime les formes brèves et les couleurs vives
Foin des natures mortes et des tableaux vivants
Fous-toi de la rime

Que la tour d’ivoire devienne une maison de verre et se brise. »

Paul Neuhuys

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Une eau

« Une eau

où vient s’abreuver

le visage de ton visage

et de ta peau de chagrin.

Une écriture

où d’un trait de lumière

vient trembler la lune au moindre vent

elle qui fait de là-haut se fermer et s’ouvrir

la paupière des marées sur la terre.

Une brindille au cœur de l’onde

tournant ton œil du côté de l’enfance

lorsque celle-ci cherchait son chemin toutes voiles dehors

les cales bourrées de signes, d’amitiés, d’espérances.

Tu te mariais alors avec une mésange

t’en souviens-tu ?

Une eau

t’en souviens-tu ?

Une écriture

Une surface profonde. »

Cédric Migard

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Une page

« Je me dis qu’une page est tracée diaphane chaque jour au soupir de notre disparition. Je voudrais lui rendre son invention de chair, de verbe et d’insurrection sacrée. »

Patrick Laupin

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Le passage

« L’équipage était sans navire

le ciel avait largué le vent

il n’était plus temps de partir

il était trop tôt pour mourir

l’ombre avait étouffé le dernier soupir des mourants.

Partir

et l’aventure entre les yeux

et la mer que l’on voit un peu

le passage au bout de son désir

la houle au bout du bras

les mots qui s’en vont pas à pas.

L’équipage avait peu d’espoir

un peu de charbon dans la soute

et les maisons qui dansent après boire

les assassins qui bordent les routes

et les relents de l’amour qui se perchent le soir.

Partir

et le bruit sourd des capitales

le gouffre que l’on tient au creux de l’estomac

les cris d’alleluia que l’on livre au grand mât

et les accordéons qui pleurent

le sentiment perdu au croisement des vagues.

L’équipage était sans navire

les cris peuplaient la poitrine

le capitaine hurlait à la dérive

la mer ne lui répondait pas

le promeneur avait franchi la rive. »

Jean Bouhier

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Recomposition

« Quand le langage qui nous sépare du monde,

Secrètement nous y ramène. »

Michel Baglin

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Comme dure la forêt

« Un chant peut s’éteindre
Comme un arbre s’éteint,

Mais le chant continue
Comme dure la forêt. »

Eugène Guillevic

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À la chute de ce jour

« À la chute de ce jour

Il faudra que le poème

De son chant émerveillé

Retienne la joie

Qui ne meurt pas. »

Jean-Pierre Boulic

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Un domaine qui vient

« Je vis et je perçois par métaphores, par associations, par images, c’est comme une maladie que j’ai, c’est ma maladie et c’est ma santé. À la seconde où je vois une chose qui me touche, elle fait venir, dans mon cerveau, une autre chose d’un autre domaine, qui l’éclaire. Puisque nous sommes en automne, je vais vous donner un exemple un peu banal, mais je n’en trouve pas d’autre, pour l’instant. Un marron, la bogue d’un marron, cette sorte de porc-épic, voyez, il y a déjà une image, facile, qu’on peut tous avoir, cette sorte de porc-épic contient le bijou brun doré, à l’intérieur de la bogue du marron, c’est velouté, lisse, l’œil le voit et la main, le doigt qui passe dessus, l’éprouve aussi et le marron lui-même, quand il est sorti, tout neuf après sa chute sur le sol, il a le brillant d’un petit soulier d’enfant ou de poupée. Vous voyez ? Et je vois ça comme ça. Je ne cherche pas les images, elles viennent à moi, moi je suis juste le rassembleur, leur assembleur. C’est plus fort que moi. 

Souvent, je ne vois rien, distraction, absence… mais quand une vision vient, ce n’est pas moi qui en décide, je n’invente rien, il y a un domaine qui vient. Je crois beaucoup à ces échanges. Et, de même entre les vivants et les morts, et de même entre les absents et les présents… »

Christian Bobin (en entretien avec Christine Pedotti et Sophie Bajos De Hérédia)

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