Visions d’une lointaine vérité

« Je restai planté là assez longtemps pour qu’un sentiment de solitude totale s’empare de moi, à tel point que tout ce que j’avais vu dans le passé récent, tout ce que j’avais entendu, et la parole humaine elle-même, me semblait ne plus avoir d’existence, et ne survivre qu’un instant de plus dans ma mémoire, comme si j’avais été le dernier représentant de la race humaine. C’était une impression étrange et mélancolique, née presque inconsciemment, comme toutes les illusions, dont je soupçonne qu’elles ne sont pas autre chose que des visions d’une lointaine et inaccessible vérité vaguement entrevue. »

Joseph Conrad

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Mots que ta page doit faire lever

« L’amour, quand il a transformé ton dedans, Elijah, c’est … plus que les mots qui s’écrivent, rappelle-toi ça, quand tu écriras, Elijah, rappelle-toi quand tu écriras, tu parleras dans la clarté de tes mots, mais derrière, il faudra faire deviner et sentir les mots qui n’ont de signes que dans le cœur, dans le silence, et dans la nuit. Les mots qui ne s’écrivent pas, mais qui se ressentent, qui s’éprouvent, dans l’âme, là où tout s’écrit, là où rien ne peut se lire de dehors, tu comprends ? Si je pouvais écrire, j’écrirais des livres où la vraie histoire n’est pas visible, avec les signes qu’on écrit, mais elle serait comme ce qui se respire, une part d’ombre si douce quand le soleil a beaucoup brûlé le dos, une part d’ombre qui garde sa lumière comme un secret, comme un parfum…

Les mots du silence de qui aime, agenouillé dans son âme et sa solitude, tu ne peux pas les écrire, ils ne sont pas au monde, les mots qui n’habitent que notre souffle et notre sang, tu ne peux pas les écrire… Ce sont des mots invisibles, entre les mots, ce sont des mots que ta page doit faire lever et entendre, quand même… ils naissent comme un parfum dans l’intime de qui écrit avec tout son être… Et tu verras, les vrais mots des vrais livres sont invisibles, ne l’oublie pas, ils sont dans ceux qui lisent, et s’éveillent par la lecture, et demeurent dans leurs yeux et sous leur peau, ils se lèvent de leur rencontre… Ils vont nourrir les rêves, têtus et courageux, dans le parfum des matins où je me suis appuyée sur eux pour rester vivante. »

Olympia Alberti

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Avoir décrit tout le cercle

« Le monde tient tout entier dans le pressoir, ce soir, mais il tient tout entier partout où qu’on se trouve, parce qu’il est parfaitement satisfaisant partout pour nous… quand il sent à la fois fort et doux, acide et sucré, et vous saoule la tête et le cœur avec ses odeurs, mais ailleurs c’est avec des voix, avec son soleil, avec ses feuilles, ses bêtes…
Il faut revenir à l’enfance et se la réincorporer, si on veut avoir été pleinement ; il faut avoir décrit tout le cercle pour être.
Il faut que l’homme ait ajouté à sa dernière saison cette première, qu’il y soit revenu pour un enrichissement dernier. »

Charles Ferdinand Ramuz

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Caché dans l’univers entier

« La vérité réside dans l’obscurité d’un corps où la parole se fait entendre. Pas les yeux, les oreilles. La vérité est un poème devenu chair… partout, caché dans l’univers entier, même dans la plus petite feuille d’arbre. »

Rubem Alves

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Les mots sont pleins

« J’entrouvre, au matin, les volets sur l’été…

Surgit alors un temps d’enfance, de délivrance…

Les mots sont pleins. »

Françoise Vignet

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Une langue-sœur

« Ah! Savez-vous bien ce que c’est que ça, la terre, la naïve gratuité, la pure évidence de la terre, une terre fabuleusement physique, en chair et en os, les choses telles qu’elles sont, à l’état naissant… Le corps de la terre avec ses entrailles d’argiles vierges et de folles houilles, son poil de corail, ses veines d’eau, sa rousseur de pain, son odeur de bête… Notre terre, ma sœur la terre. Et comme l’on rêve pour la peindre d’une langue-sœur, avec des gutturales de haute futaie et des voyelles de source ! »

François d’Assise

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Ta voix, ton art et ses vendanges

« Avoue

Ce corps qui a partout la douceur de tes lèvres…

Avoue

Comment dans un pays de brouillard et de pluies

Ton pas éclabousse de flaques de soleil…

Avoue

D’où vient ta voix, ton art et ses vendanges. »

Jean-Marie de Ronchêne

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Simple mot

« Simple mot

Qui dit le jour

Avant le jour


Et son orientation

Secrète. »

Jean Lavoué

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